Accordez-moi, Seigneur, ce vin qui est aussi nécessaire que votre précieux sang. Ce vin, sans quoi, tout ici bas est laid et maussade, ce vin qui rend la vie acceptable, et tolérables les foutus contemporains que vous m'avez données.
Léon Bloy

Ce blog se base sur les travaux de Joseph Bollery. Nous tenons à remercier tout particulièrement Emile Van Balberghe qui nous apporte très souvent de très nombreuses précisions et de très précieuses informations.

Album Mariani : « Notice excellente, portrait exécrable »... et ses destinataires.

Si Bloy et Octave Uzanne se brouillent avant 1892 (voyez notre précédent article), il n'en est pas de même avec Joseph Uzanne le frère. Il semble qu'il n'y ait eu aucune relation entre la brouille et 1896, mais à partir d'octobre 1896, les relations reprennent, Joseph Uzanne envoyant régulièrement du vin à Léon Bloy.

A partir d'ici, nous emploierons Uzanne uniquement pour désigner Joseph Uzanne. Sauf mention contraire, les citations de Bloy sont tirées de lettres à Uzanne.

Joseph Uzanne avait un rôle important auprès de Mariani, en particulier pour l'élaboration de l'Album Mariani. Il propose à Bloy d'en faire partie, ce qui sera donc le cas dans le volume VIII de cet important ensemble, volume publié en 1903.

Les prémices de cette publication nous sont connus par la correspondance Bloy/Uzanne de 1902-1903, en partie publiée par le docteur Paul Carton dans Un Héraut de Dieu : Léon Bloy (Brévannes, Paul Carton, 1936. p.203 à 205). Toutefois, l'analyse des lettres entre le 4 juillet 1902 et le 6 juin 1903, ainsi que la lecture du Journal inédit, nous apportent beaucoup de détails.

Ainsi, parmi les détails intéressant, signalons que Bloy envoie son portrait le 15 octobre 1902 : 
C'est l'unique exemplaire du seul portrait convenable que nous possédions du grand écrivain que vous admirez.
Il s'agit du portrait ci-dessous.

Frontispice de Sueur de Sang (1893)

C'est donc le portrait au miel par Charles Cain. Ce portrait plut tellement à Bloy qu'il fit cette dédicace à Cain, sur Léon Bloy devant les cochons, l'ouvrage paru après Sueur de Sang : 

Collection privée

C'est donc ce portrait qui fut choisi par Léon Bloy pour figurer dans l'Album Mariani.
Quant à la notice, Bloy en dit, le 31 octobre 1902 : 
La partie bibliographie & biographique de cette notice est de moi, bien entendu. L'autre partie, la première & la plus importante, est d'un ami qui ne veut pas se faire connaître. C’est une fort jolie pièce & je crois que j’en eusse été incapable. 
Cet ami est en fait Jeanne, son épouse. On le sait notamment par le Journal inédit (III, 138).

Reste ensuite que Léon Bloy est probablement une des seules personnes à avoir eu des tirés à part de sa notice Mariani, peut-être parce qu'il les a réclamées lourdement à plusieurs reprises. Les notices que nous trouvons régulièrement sur le marché semblent être toujours des volumes démontés et vendus à la notice. Citons Bloy :
Voici maintenant une prière qui sera écoutée, je veux le croire & l’espérer. Je prie humblement Mariani & vous, mon vieil & très-cher ami, de me faire tirer à part 2 ou 3 douzaines d’exemplaires du portrait & de la notice complète. Cela fera une double feuille vraiment curieuse, si la gravure est réussie & je l’expédierai de divers côtés pour ma réclame personnelle. Il va sans dire, & vous le comprenez de reste, mon ami, qu’il faudrait, pour ce tirage spécial sur beau papier, supprimer l’autographe concernant le vin Mariani, autrement ma propagande ferait de moi une espèce de commis voyageur & me rendrait fort ridicule. L’autographe ne doit pas sortir de l’Album où il est tout à fait à sa place. Voilà toute ma prière. (31 octobre 1902).
Je prends cette occasion de vous rappeler l’autre prière. Je vous avais exprimé mon désir très-grand d’un certain nombre de tirés à part (2 ou 3 douzaines, si possible) du portrait & de la notice, sans la réclame à Mariani, pour ma propagande personnelle, car je trouve la notice excellente & je veux espérer que le portrait sera réussi. (28 novembre 1902).
Cette prière sera donc exaucée le 5 juin 1903 et Bloy écrit le lendemain :
Grand merci de ma femme & de moi pour les tirés à part reçus hier soir & que ma chère amie aura tant de plaisir à distribuer elle-même. Le portrait, malheureusement, est peu réussi & je me repens de n’avoir pas livré à votre graveur une photographie meilleure & plus facile à reproduite, mais qui avait, à mes yeux, le désavantage d’être antérieure de plusieurs années. Enfin le mal est sans remède, n’est-ce pas ? Reste la notice qui m’est extrêmement agréable & dont je suis assez fier. Donc merci, encore une fois. 
Avis de Bloy sur une notice.
Collection privée.


Toutefois, notons une chose : Bloy espérait un tirage sur beau papier, le tirage reçu était, semble-t-il, sur un papier plutôt basique, comme nous le montre le seul exemplaire que nous avons pu consulter. On remarquera que le portrait est bien centré sur la page, l'autographe étant absent, comme sur le tirage avant la lettre des exemplaires de luxe.

Tirage à part.
Collection privée

Tirage à part.
Collection privée.


Tirage définitif, exemplaire sur papier teinté d'Arches (vergé),
filigrané "Album Mariani"
Notice démonté d'un des 150 ex sur papier (légèrement) teinté. Collection privée.

Tirage définitif, exemplaire sur vélin d'Arches (25 exemplaires avec suite à la sanguine).
Exemplaire relié (d'où la difficulté de prendre une photo)
Collection privée.

Tirage avant la lettre en sanguine, exemplaire sur vélin d'Arches (25 exemplaires)
Exemplaire relié (d'où la difficulté de prendre une photo)
Collection privée.

Nous ne savons pas combien d'exemplaires Bloy a reçu mais le Journal inédit, tome III, nous donne une liste de destinataires avec la date d'envoi. 7 destinataires pour 8 exemplaires en tout : 
  • René Martineau (2 exemplaires) : 5 juin 1903
  • Henri Barbot : 9 juin 1903
  • aux abbés Petit et Roblot : 9 juin 1903
  • Louise Marguillier : 9 juin 1903
  • Alexandre Roy : 10 juin 1903
  • Josef Florian : 10 juin 1903
  • Jehan Rictus : 11 juin 1903

Notons enfin que Jeanne a distribué des notices aux gens du quartier, le 6 juin 1903, logiquement sans autographe. L'exemplaire en photo dans cet article est donc logiquement envoyé à un des 7 destinataires ci-dessus, mais nous ne saurons jamais lequel !

Un envoi posthume de Léon Bloy

Si beaucoup aiment les tables tournantes et font parler les morts tel Victor Hugo à Jersey, il ne faut toutefois pas prendre des envois posthumes comme envois de l'auteur.

Exemple par l'image sur une édition du Salut par les Juifs (Crès, 1924).



Rappelons que Bloy meurt en 1917.

François Corelli ou le poète inconnu - Un faux envoi de Léon Bloy

Précision préliminaire : cet article ne se veut nullement une croisade contre telle ou telle personne, contre tel ou tel libraire. Le faussaire, très certainement décédé aujourd'hui, a abusé de nombreuses personnes. Aussi, nous ne citerons pas les librairies et les libraires concernés et n'avons aucun doute sur leur probité et leur honnêteté et nous ne citerons que le premier propriétaire, abusé par le faussaire.

Un exemplaire de Jeanne d'Arc et l'Allemagne, passé à plusieurs reprises sur le marché, portait un envoi à François Corelli (illustration ci-dessous). 
Concernant son origine, nous savons qu'il est sorti sur le marché en 1997 sur un catalogue de livres provenant du Docteur Lucien Graux (1878-1944), fameux bibliophile. Le livre était donc resté jusque là chez les héritiers. 


Quand nous avons découvert cet envoi, Emile Van Balberghe, auteur de l'inventaire des envois, et moi-même l'avons immédiatement trouvé douteux pour plusieurs raisons : 
  • L'écriture.
  • Le destinataire totalement inconnu.
De fait, nous devrions pouvoir trouver la trace de ce poète, mais rien n'existe. Et surtout : l'écriture. Les envois que nous connaissons sur ce titre de 1915 ont une écriture et une signature très différentes. Voici déjà quelques exemples de signatures.




On constate aisément que ces trois signatures sont très différentes de celle de l'envoi à Corelli.

L'ayant donc juste considéré comme douteux (il est toujours difficile d'être affirmatif), il a été mis dans la petite liste des envois douteux et faux que nous connaissons. Il y a quelques jours, un fameux envoi est apparu brièvement sur le marché, l'envoi de Bloy à François Coppée sur Le Révélateur du Globe, ouvrage de 1884. 


Cet envoi est typique des débuts de Bloy. Et on remarquera tout de suite que tout l'envoi à Corelli est entièrement contenu dans l'envoi à Coppée. Tous les mots y sont, sauf Corelli qui est fabriqué avec le C de Coppée et le orelli de Torelli (ou Co de Coppée et relli de Torelli, au choix!)... Voici donc l'origine de ce tendre poète Corelli !
En confrontant les deux envois, cela est évident.


Notons aussi la forme de l'envoi : un tendre poète de la main de Bloy en 1915 ne peut être qu'une formulation péjorative et on le voit mal faire un tel envoi à cette époque avec un qualificatif aussi peu bloyen.Sur son premier livre, c'est une forme de déférence et de respect du jeune écrivain (qui se fâchera ensuite avec Coppée, mais cela est une autre histoire que nous racontera probablement un lecteur du blog !).

Reste à savoir quand ce faux a été fait. Je le suppose fait en 1932 quand le libraire Pierre Berès a exposé cet exemplaire d'autant que l'exemplaire de Coppée a vraisemblablement été acquis à l'époque par le grand-père de la personne qui l'a vendue récemment.

Cet envoi, signalé dans La Dédicacite, sera prochainement signalé comme faux dans le second supplément.








Léon Bloy et Henry Houssaye

Aujourd'hui, 12 juin 2018, il se vendait deux lettres de Léon Bloy à Henry Houssaye, chacune avec leur enveloppe (chose finalement peu commune). Ces deux lettres étaient respectivement datées du 3 avril 1903 et jeudi saint [9 avril] 1903 et sont le début des relations entre les deux écrivains. On connait ainsi l'existence de 11 lettres de Bloy à Houssaye :
  1. 3 avril 1903
  2. Jeudi Saint 1903 i.e. 9 avril 1903
  3. 20 octobre 1903
  4. 25 octobre 1903
  5. 19 mars 1905
  6. 3 juillet 1905
  7. 18 juin 1907
  8. 22 juin 1907
  9. 25 juin 1907
  10. 14 février 1910
  11. 2 juin 1911
Les relations sont donc épisodiques et nous ne savons pas s'ils se sont rencontrés. Bloy lui dédicace aussi 8 livres et 6 dédicaces font références à l'oeuvre d'Houssaye et Napoléon. On voit ainsi que Bloy est vraiment entré en contact avec lui pour son projet d'étude sur Napoléon, étude qui ne verra pas le jour.

La lettre du 3 avril 1903, si elle était vraisemblablement connue de Joseph Bolery, n'a en revanche pas été publiée par celui-ci. Il ne publia que la seconde (Léon Bloy, III, 334).

Le teneur de la première lettre est fidèle au Mendiant ingrat : il est pauvre et ne peut acheter les volumes d'Houssaye ! Le texte des lettres est retranscrit sous les photos.



La lettre de demande :
Lagny, 3 avril 1903
Monsieur
Voulez-vous me faire envoyer par votre éditeur les deux volumes publiés de 1815, lesquels me sont indispensables pour mon travail d'exégèse historique sur Napoléon, entrepris, il y a déjà plusieurs années ?
Ayant lu deux fois & fort attentivement 1814, je vois en vous l'historien le plus excellent de cet homme unique dont je voudrais montrer la place dans l'Ordre invisible - le seul qui soit.
Or j'ai l'honneur d'être pauvre & l'honneur plus grand de mendier.
Si vous savez mon nom, chose fort incertaine, il est probable que vous le savez seulement par mes ennemis, multitude équitable & fière que je n'ai jamais entrepris de dénombrer.
Cela m'encourage.
Veuillez trouver ici, Monsieur, l'expression nullement banale & très respectueuse de mes sentiments.
Léon Bloy
9 rue Saint Laurent
à Lagny, S.&M.

La lettre de remerciements :

Lagny, (S.&M.), 9 rue Saint Laurent
Jeudi Saint 1903
Monsieur,
J'ai reçu avec joie vos deux volumes de 1815. Je n'attends plus désormais que le 3e & dernier.
Je crois que votre oeuvre est très importante. Du moins, c'est celle qui m'a donné le plus de lumière jusqu'à ce jour, & c'est un délice de vous lire après le bourgeois Thiers & la multitude des cuistres et des larbins.
Mon dernier livre est l'Exégèse des Lieux communs. D'après la nature de votre esprit, j'ai lieu de croire que cette ironie plutôt sombre ne vous déplairait pas. Si vous voulez la lire, un simple mot suffira. C'est le seul de mes livres dont je possède quelques exemplaires.
Le "Mercure de France" publiera un volume, le mois prochain, des Lettres de J. Barbey d'Aurévilly à Léon Bloy. Une de ces lettres au moins parle de votre père. Vous recevrez aussitôt le recueil que la légataire ne m'a pas permis de préfacer & surtout de commenter comme il aurait fallu.
Agréez, Monsieur, l'expression de mes meilleurs sentiments.
Léon Bloy

 On ne sait pas s'il lui envoya son Exégèse, ce livre ne fait pas partie des 8 livres dédicacés à Houssaye que l'on connait.

Le Désespéré relié par Henry Mériot

Nous avions présenté un exemplaire de La Femme Pauvre relié par Mériot, relieur de Bloy. Il y a quelques jours, un autre exemplaire, ici du Désespéré, a été vendu sur internet. Nous recopions ci-dessous sa description :

Léon Bloy : Le désespéré, Paris chez nouvelle librairie Soirat 1886. Édition originale.
1 volume in-12, reliure en plein maroquin havane, avec une bande de maroquin bleu marine en encadrement et une grande croix de maroquin noir au centre sur le premier plat, plus un semis de fleurons dorés. Second plat avec un travail de filets dorés en encadrement et fleurons dorés en écoinçons. Dos à nerfs orné de fleurons à froid, auteur titre et date dorés. Tête dorée, couverture conservée. Reliure signée Mériot.




A la recherche de la brouille perdue... - Léon Bloy & Octave Uzanne

Cet article est publié simultanément sur notre blog et sur le blog octaveuzanne.com. Il est principalement la compilation des informations données par Emile Van Balberghe et Bertrand Hugonnard-Roche.
A chaque fois que nous employerons Uzanne sans mention du prénom, il s'agira d'Octave.


Quand on connaît un peu les amitiés de Léon Bloy et Octave Uzanne, il est toujours étonnant de constater que malgré le nombre d'amis en commun, peu de liens avérés existent entre eux. Nous parlons bien d'Octave et non son frère Joseph avec qui Bloy eut une correspondance assez fournie, principalement en raison du vin Mariani qu'il lui faisait souvent parvenir et sur lequel nous allons néanmoins ajouter quelques détails.

Tout d'abord, il est fortement probable que Bloy et Uzanne se soient rencontrés chez Barbey d'Aurévilly, d'autant que Le Connétable signera la préface du Bric-à-brac de l'Amour en 1879. Néanmois, nous ne connaissons, à l'heure de cet article - décembre 2017 -, qu'une seule lettre adressée de l'un à l'autre et, jusqu'à il y a peu, que deux envois :
  1. Le Désespéré (1887). Exemplaire passé en vente publique en 1957 (Vente André Bertaut, n°172).
  2. Un brelan d'excommuniés (1889) : « à Octave Uzanne / souvenir fraternel / de Caïn / Léon Bloy ». Exemplaire appartenant aujourd'hui à Eric Walbecq.
Col. Eric Walbecq


Nous avons donc maintenant un brelan d'envois, grâce à l'exemplaire qui était au catalogue de la librairie Eric Fosse (décembre 2017, n°52). Un exemplaire de Christophe Colomb devant les taureaux (1890) portant l'envoi suivant : « à Octave Uzanne / l'ami de mes ennemis / Léon Bloy ». Cet exemplaire avait été relié modestement, sans être coupé et sans les couvertures. Il est toujours non coupé mais un propriétaire a fait ajouter les couvertures.

Collection privée

Les trois envois sont donc sur des livres datés de 1887, 1889 et 1890. On ne connait, pour le moment, rien de plus. Concernant le texte des envois, Bloy dit en 1889 : souvenir fraternel de Caïn, référence au Désespéré, puis en 1890 : l'ami de mes ennemis. Uzanne, l'ami des journalistes qui n'ont rien publié sur Bloy quand lui a fait une chronique sur les deux premiers livres envoyés. 

En effet, si Bloy n'a pas écrit sur Uzanne, Uzanne a bien écrit sur Bloy. On connait ainsi quatre textes :
  1. Un texte sur Le Désespéré publié dans Le Livre du 10 mars 1887 (retranscrit sur le blog Octave Uzanne). Cette critique fut certainement mal perçue par Bloy.
  2. Un texte sur Un brelan d'excommuniés, paru dans Le Livre le 10 février 1889 (reproduit dans Bloyana n°3 qui dit par erreur 1888 alors que le livre paraît en 1889). Cette critique est nettement plus bienveillante que la précédente (et est aussi retranscrite sur le blog Octave Uzanne)
  3. Un texte, virulent, sur Le Mendiant Ingrat qui devait être publié en une de L'Echo de Paris du 13 mai 1898. Il ne le fut pas et se trouve publié dans Visions de Notre Heure (et retranscrit sur le blog Octave Uzanne)
  4. Une réponse d'Uzanne à une enquête, publié le 5 novembre 1898 dans le journal La Volonté, intitulée Le congrès des écrivains. Il y mentionne Bloy. Nous n'avons pour le moment de copie de ce texte.
Outre ces quatre textes, il y a un troisième texte dans Le Livre concernant justement Christophe Colomb devant les taureaux, publié le 10 novembre 1890. Ce texte n'est ici pas signé d'Uzanne mais de Gausseron (on le trouve retranscrit sur le blog Octave Uzanne). Et aucun autre texte de Bloy n'apparaît dans Le Livre. A titre personnel, je suis donc persuadé que ces trois envois de Léon Bloy à Uzanne sont les trois seuls existants.

Notons qu'Uzanne dit dans sa chronique de 1887 : « J'en parle ici librement, tant pour l'auteur que je connais et dont j'apprécie sincèrement la valeur ». Cette phrase revêt ici une grande importance. Uzanne et Bloy se sont connus, c'est une certitude.
Quoiqu'il en soit, nous venons de découvrir, par le troisième envoi, que Bloy lui adressa encore un ouvrage en 1890. Dans le Journal Inédit, qui commence le 27 janvier 1892, il n'est jamais fait mention d'Octave Uzanne. Il y a donc eu un évènement qui a mis fin à leurs relations entre novembre 1890 et janvier 1892, donc probablement en 1891.



Couverture du n°2 de la revue Bloyana


La revue canadienne Bloyana (7 numéros seulement) eut deux articles de Georges Rouzet. Tout d'abord Léon Bloy, les frères Uzanne et le vin Mariani (Bloyana n°2), article au titre très pompeux qui ne nous apprends rien sur Uzanne. Puis un autre article bien plus intéressant, Les frères Uzanne (Bloyana n°3), notes complémentaires de l'article précédent, qui ne donnent des informations quasiment que sur Uzanne, malheureusement sans une seule référence.

La lettre datée du 18 juillet 1885 dans laquelle Uzanne écrit à Bloy, a priori pour la vente du manuscrit d'Une Histoire sans nom est donc reproduite dans ce second article (et sur le blog Octave Uzanne), ainsi qu'une partie de la critique du Désespéré et toute la critique d'Un brelan d'excommuniés.

L'article se termine en parlant d'une lettre de Jehan-Rictus, sans autre référence (ni date, ni destinataire, ni même une citation), mentionnant qu'après la brouille avec Uzanne, Bloy et Uzanne se croisèrent place Saint-Germain-des-Près mais Bloy refusa de lui serra la main. Mais nous ne savons rien de plus.

Nous pouvons aussi citer cette phrase, que Bertrand reprend sur son blog : « Mossieu ! Je me torche le cul avec vos livres avant même d'avoir fini de chier ! ». Uzanne lui rendit la pareille avec sa chronique contre Le Mendiant Ingrat ! A moins que ce ne soit la réponse de Bloy à l'article d'Uzanne quand il fut publié en volume ?

Une autre énigme est cette carte d'Uzanne, vers 1898, dans laquelle il nous semble reconnaître Bloy. Uzanne a-t-il voulu se payer ses ennemis ?


Détail de la carte






Arveiller, dans Inédits de Léon Bloy, envois et dédicaces (IV) (in Bulletin de la Société des Etudes Bloyennes, n°12-13), nous apprends plusieurs détails importants :
  • la dédicace souvenir fraternel de Caïn n'est pas unique. Un exemplaire du Pal portait cette dédicace (nom gratté).
  • Joseph Uzanne eut le droit à une dédicace : Souvenir amical du Désespéré. Le nom est gratté, mais que Bollery pense que c'est bien Joseph Uzanne.
  • Bloy connaissait Joseph Uzanne en 1887-1888 avant de se disputer avec.
Ainsi donc, Bloy se brouille avec Joseph? Bloy s'est-il brouillé avec les deux frères en même temps ?

Illustration, avant la lettre, de la notice pour l'Album Mariani

Léon Bloy retrouve Joseph Uzanne, semble-t-il, le 28 octobre 1896. Ce dernier lui laisse 10 francs contre la promesse d'un ou plusieurs livres avec dédicace. Bloy lui en enverra 5 le 30 octobre. Et ce fut le renouveau d'une amitié entre Joseph et Bloy. Bloy donnera même en dédicace sur Celle qui pleure (1908) : « L'ami de 30 ans, toujours fidèle ». Le dernier envoi connu à Joseph est en 1911. 

Cette dédicace sur Celle qui pleure pourrait laisser penser qu'il se connaissent depuis environ 1878 et donc nous en revenons à ce que nous signalons au départ : la préface de Barbey pour Uzanne en 1879.

En conclusion, nous situons la rencontre de Bloy et Uzanne vers 1879 et la brouille en 1891. Il ne nous reste qu'à trouver les détails précis !

Bien entendu, nous sommes preneurs de toute information qui pourrait préciser cette histoire.