Accordez-moi, Seigneur, ce vin qui est aussi nécessaire que votre précieux sang. Ce vin, sans quoi, tout ici bas est laid et maussade, ce vin qui rend la vie acceptable, et tolérables les foutus contemporains que vous m'avez données.
Léon Bloy

Ce blog se base sur les travaux de Joseph Bollery. Nous tenons à remercier tout particulièrement Emile Van Balberghe qui nous apporte très souvent de très nombreuses précisions et de très précieuses informations.

A la recherche de la brouille perdue... - Léon Bloy & Octave Uzanne

Cet article est publié simultanément sur notre blog et sur le blog octaveuzanne.com. Il est principalement la compilation des informations données par Emile Van Balberghe et Bertrand Hugonnard-Roche.
A chaque fois que nous employerons Uzanne sans mention du prénom, il s'agira d'Octave.


Quand on connaît un peu les amitiés de Léon Bloy et Octave Uzanne, il est toujours étonnant de constater que malgré le nombre d'amis en commun, peu de liens avérés existent entre eux. Nous parlons bien d'Octave et non son frère Joseph avec qui Bloy eut une correspondance assez fournie, principalement en raison du vin Mariani qu'il lui faisait souvent parvenir et sur lequel nous allons néanmoins ajouter quelques détails.

Tout d'abord, il est fortement probable que Bloy et Uzanne se soient rencontrés chez Barbey d'Aurévilly, d'autant que Le Connétable signera la préface du Bric-à-brac de l'Amour en 1879. Néanmois, nous ne connaissons, à l'heure de cet article - décembre 2017 -, qu'une seule lettre adressée de l'un à l'autre et, jusqu'à il y a peu, que deux envois :
  1. Le Désespéré (1887). Exemplaire passé en vente publique en 1957 (Vente André Bertaut, n°172).
  2. Un brelan d'excommuniés (1889) : « à Octave Uzanne / souvenir fraternel / de Caïn / Léon Bloy ». Exemplaire appartenant aujourd'hui à Eric Walbecq.
Nous avons donc maintenant un brelan d'envois, grâce à l'exemplaire qui était au catalogue de la librairie Eric Fosse (décembre 2017, n°52). Un exemplaire de Christophe Colomb devant les taureaux (1890) portant l'envoi suivant : « à Octave Uzanne / l'ami de mes ennemis / Léon Bloy ». Cet exemplaire avait été relié modestement, sans être coupé et sans les couvertures. Il est toujours non coupé mais un propriétaire a fait ajouter les couvertures.

Collection privée

Les trois envois sont donc sur des livres datés de 1887, 1889 et 1890. On ne connait, pour le moment, rien de plus. Concernant le texte des envois, Bloy dit en 1889 : souvenir fraternel de Caïn, référence au Désespéré, puis en 1890 : l'ami de mes ennemis. Uzanne, l'ami des journalistes qui n'ont rien publié sur Bloy quand lui a fait une chronique sur les deux premiers livres envoyés. 

En effet, si Bloy n'a pas écrit sur Uzanne, Uzanne a bien écrit sur Bloy. On connait ainsi quatre textes :
  1. Un texte sur Le Désespéré publié dans Le Livre du 10 mars 1887 (retranscrit sur le blog Octave Uzanne). Cette critique fut certainement mal perçue par Bloy.
  2. Un texte sur Un brelan d'excommuniés, paru dans Le Livre le 10 février 1889 (reproduit dans Bloyana n°3 qui dit par erreur 1888 alors que le livre paraît en 1889). Cette critique est nettement plus bienveillante que la précédente (et est aussi retranscrite sur le blog Octave Uzanne)
  3. Un texte, virulent, sur Le Mendiant Ingrat qui devait être publié en une de L'Echo de Paris du 13 mai 1898. Il ne le fut pas et se trouve publié dans Visions de Notre Heure (et retranscrit sur le blog Octave Uzanne)
  4. Une réponse d'Uzanne à une enquête, publié le 5 novembre 1898 dans le journal La Volonté, intitulée Le congrès des écrivains. Il y mentionne Bloy. Nous n'avons pour le moment de copie de ce texte.
Outre ces quatre textes, il y a un troisième texte dans Le Livre concernant justement Christophe Colomb devant les taureaux, publié le 10 novembre 1890. Ce texte n'est ici pas signé d'Uzanne mais de Gausseron (on le trouve retranscrit sur le blog Octave Uzanne). Et aucun autre texte de Bloy n'apparaît dans Le Livre. A titre personnel, je suis donc persuadé que ces trois envois de Léon Bloy à Uzanne sont les trois seuls existants.

Notons qu'Uzanne dit dans sa chronique de 1887 : « J'en parle ici librement, tant pour l'auteur que je connais et dont j'apprécie sincèrement la valeur ». Cette phrase revêt ici une grande importance. Uzanne et Bloy se sont connus, c'est une certitude.
Quoiqu'il en soit, nous venons de découvrir, par le troisième envoi, que Bloy lui adressa encore un ouvrage en 1890. Dans le Journal Inédit, qui commence le 27 janvier 1892, il n'est jamais fait mention d'Octave Uzanne. Il y a donc eu un évènement qui a mis fin à leurs relations entre novembre 1890 et janvier 1892, donc probablement en 1891.



Couverture du n°2 de la revue Bloyana


La revue canadienne Bloyana (7 numéros seulement) eut deux articles de Georges Rouzet. Tout d'abord Léon Bloy, les frères Uzanne et le vin Mariani (Bloyana n°2), article au titre très pompeux qui ne nous apprends rien sur Uzanne. Puis un autre article bien plus intéressant, Les frères Uzanne (Bloyana n°3), notes complémentaires de l'article précédent, qui ne donnent des informations quasiment que sur Uzanne, malheureusement sans une seule référence.

La lettre datée du 18 juillet 1885 dans laquelle Uzanne écrit à Bloy, a priori pour la vente du manuscrit d'Une Histoire sans nom est donc reproduite dans ce second article (et sur le blog Octave Uzanne), ainsi qu'une partie de la critique du Désespéré et toute la critique d'Un brelan d'excommuniés.

L'article se termine en parlant d'une lettre de Jehan-Rictus, sans autre référence (ni date, ni destinataire, ni même une citation), mentionnant qu'après la brouille avec Uzanne, Bloy et Uzanne se croisèrent place Saint-Germain-des-Près mais Bloy refusa de lui serra la main. Mais nous ne savons rien de plus.

Nous pouvons aussi citer cette phrase, que Bertrand reprend sur son blog : « Mossieu ! Je me torche le cul avec vos livres avant même d'avoir fini de chier ! ». Uzanne lui rendit la pareille avec sa chronique contre Le Mendiant Ingrat ! A moins que ce ne soit la réponse de Bloy à l'article d'Uzanne quand il fut publié en volume ?

Une autre énigme est cette carte d'Uzanne, vers 1898, dans laquelle il nous semble reconnaître Bloy. Uzanne a-t-il voulu se payer ses ennemis ?


Détail de la carte






Arveiller, dans Inédits de Léon Bloy, envois et dédicaces (IV) (in Bulletin de la Société des Etudes Bloyennes, n°12-13), nous apprends plusieurs détails importants :
  • la dédicace souvenir fraternel de Caïn n'est pas unique. Un exemplaire du Pal portait cette dédicace (nom gratté).
  • Joseph Uzanne eut le droit à une dédicace : Souvenir amical du Désespéré. Le nom est gratté, mais que Bollery pense que c'est bien Joseph Uzanne.
  • Bloy connaissait Joseph Uzanne en 1887-1888 avant de se disputer avec.
Ainsi donc, Bloy se brouille avec Joseph? Bloy s'est-il brouillé avec les deux frères en même temps ?

Illustration, avant la lettre, de la notice pour l'Album Mariani

Léon Bloy retrouve Joseph Uzanne, semble-t-il, le 28 octobre 1896. Ce dernier lui laisse 10 francs contre la promesse d'un ou plusieurs livres avec dédicace. Bloy lui en enverra 5 le 30 octobre. Et ce fut le renouveau d'une amitié entre Joseph et Bloy. Bloy donnera même en dédicace sur Celle qui pleure (1908) : « L'ami de 30 ans, toujours fidèle ». Le dernier envoi connu à Joseph est en 1911. 

Cette dédicace sur Celle qui pleure pourrait laisser penser qu'il se connaissent depuis environ 1878 et donc nous en revenons à ce que nous signalons au départ : la préface de Barbey pour Uzanne en 1879.

En conclusion, nous situons la rencontre de Bloy et Uzanne vers 1879 et la brouille en 1891. Il ne nous reste qu'à trouver les détails précis !

Bien entendu, nous sommes preneurs de toute information qui pourrait préciser cette histoire.



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