Accordez-moi, Seigneur, ce vin qui est aussi nécessaire que votre précieux sang. Ce vin, sans quoi, tout ici bas est laid et maussade, ce vin qui rend la vie acceptable, et tolérables les foutus contemporains que vous m'avez données.
Léon Bloy

Ce blog se base sur les travaux de Joseph Bollery. Nous tenons à remercier tout particulièrement Emile Van Balberghe qui nous apporte très souvent de très nombreuses précisions et de très précieuses informations.

Léon Bloy et Henry Houssaye

Aujourd'hui, 12 juin 2018, il se vendait deux lettres de Léon Bloy à Henry Houssaye, chacune avec leur enveloppe (chose finalement peu commune). Ces deux lettres étaient respectivement datées du 3 avril 1903 et jeudi saint [9 avril] 1903 et sont le début des relations entre les deux écrivains. On connait ainsi l'existence de 11 lettres de Bloy à Houssaye :
  1. 3 avril 1903
  2. Jeudi Saint 1903 i.e. 9 avril 1903
  3. 20 octobre 1903
  4. 25 octobre 1903
  5. 19 mars 1905
  6. 3 juillet 1905
  7. 18 juin 1907
  8. 22 juin 1907
  9. 25 juin 1907
  10. 14 février 1910
  11. 2 juin 1911
Les relations sont donc épisodiques et nous ne savons pas s'ils se sont rencontrés. Bloy lui dédicace aussi 8 livres et 6 dédicaces font références à l'oeuvre d'Houssaye et Napoléon. On voit ainsi que Bloy est vraiment entré en contact avec lui pour son projet d'étude sur Napoléon, étude qui ne verra pas le jour.

La lettre du 3 avril 1903, si elle était vraisemblablement connue de Joseph Bolery, n'a en revanche pas été publiée par celui-ci. Il ne publia que la seconde (Léon Bloy, III, 334).

Le teneur de la première lettre est fidèle au Mendiant ingrat : il est pauvre et ne peut acheter les volumes d'Houssaye ! Le texte des lettres est retranscrit sous les photos.



La lettre de demande :
Lagny, 3 avril 1903
Monsieur
Voulez-vous me faire envoyer par votre éditeur les deux volumes publiés de 1815, lesquels me sont indispensables pour mon travail d'exégèse historique sur Napoléon, entrepris, il y a déjà plusieurs années ?
Ayant lu deux fois & fort attentivement 1814, je vois en vous l'historien le plus excellent de cet homme unique dont je voudrais montrer la place dans l'Ordre invisible - le seul qui soit.
Or j'ai l'honneur d'être pauvre & l'honneur plus grand de mendier.
Si vous savez mon nom, chose fort incertaine, il est probable que vous le savez seulement par mes ennemis, multitude équitable & fière que je n'ai jamais entrepris de dénombrer.
Cela m'encourage.
Veuillez trouver ici, Monsieur, l'expression nullement banale & très respectueuse de mes sentiments.
Léon Bloy
9 rue Saint Laurent
à Lagny, S.&M.

La lettre de remerciements :

Lagny, (S.&M.), 9 rue Saint Laurent
Jeudi Saint 1903
Monsieur,
J'ai reçu avec joie vos deux volumes de 1815. Je n'attends plus désormais que le 3e & dernier.
Je crois que votre oeuvre est très importante. Du moins, c'est celle qui m'a donné le plus de lumière jusqu'à ce jour, & c'est un délice de vous lire après le bourgeois Thiers & la multitude des cuistres et des larbins.
Mon dernier livre est l'Exégèse des Lieux communs. D'après la nature de votre esprit, j'ai lieu de croire que cette ironie plutôt sombre ne vous déplairait pas. Si vous voulez la lire, un simple mot suffira. C'est le seul de mes livres dont je possède quelques exemplaires.
Le "Mercure de France" publiera un volume, le mois prochain, des Lettres de J. Barbey d'Aurévilly à Léon Bloy. Une de ces lettres au moins parle de votre père. Vous recevrez aussitôt le recueil que la légataire ne m'a pas permis de préfacer & surtout de commenter comme il aurait fallu.
Agréez, Monsieur, l'expression de mes meilleurs sentiments.
Léon Bloy

 On ne sait pas s'il lui envoya son Exégèse, ce livre ne fait pas partie des 8 livres dédicacés à Houssaye que l'on connait.

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